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Section 11 : à ton avis ?

22/05/2015
horloge et rouages

L’horloge murale, une véritable antiquité, affichait onze heure du soir.

Sarah Corbel était arrivée une dizaine de minutes plus tôt. Elle avait fait rapidement le compte-rendu de sa soirée. Il l’avait écouté sans rien dire. Il fumait une cigarette dans la semi-obscurité de la pièce, assis dans le fauteuil, les pieds posés sur la table basse. De petits cercles de fumée montaient lentement vers le plafond.

  • Alors, quel est ton sentiment ? demanda-t-il.

            Une habitude avec lui. Il ne laissait rien percevoir de ce qu’il pensait. Et au terme d’un “debriefing”, il demandait toujours à son interlocuteur quel était son sentiment. Elle supposait que ce devait être une sorte de technique oratoire. Ce “Quel est ton sentiment ?” donnait envie de se confier. De parler en toute liberté.

  • Il le fera, répondit-elle avec certitude. Il viendra.
  • Parce que tu l’as fasciné ?
  • Peut-être. Mais surtout parce que sa vie est triste à mourir. Il n’a pas le goût du risque, mais il a envie d’échapper à son quotidien.

            Il lâcha un autre cercle de fumée vers le plafond.

  • Ce Do Santos… C’est un pauvre type, n’est-ce pas ? Aucun talent caché qu’on n’aurait pas détecté ?

            Elle hocha la tête.

  • Pas de copine, peu de relations en dehors de ses collègues “ficheurs”… Il aurait sans doute eu le niveau pour avoir une bourse et passer son diplôme dans une université digne de ce nom.
  • Mais il ne s’est pas donné les moyens d’y arriver ?
  • D’après ce qu’on m’a dit de lui, il travaille lentement, et sa production manque de finesse. Ce n’est pas un génie qui s’ignore.

            Il fit tomber la cendre dans une coupelle sur la table basse.

  • Alors, ce doux rêveur qui surfe sûrement sur des sites X au lieu de rencontrer du monde… Qu’est-ce que tu as bien pu lui trouver comme qualité pour le convaincre de nous rejoindre ?

            Elle sourit.

  • Le couplet sur les développeurs trop chers et vendus à Everything. Et j’ai noté son “travail rigoureux”.

            Il sourit à son tour.

  • Pauvre garçon. Il n’a pas trop regardé en direction de ton décolleté ?
  • Pas beaucoup je dois dire. Il est sage.
  • Homo ?
  • Je ne pense pas. Il a quand même regardé un peu.

            Il lâcha un dernier nuage de fumée et déposa sa cigarette dans la coupelle. Il fit le geste d’en allumer une seconde, mais se ravisa. Et il regarda Sarah comme s’il venait de se souvenir d’un détail.

  • Cet homme…
  • Celui qui enregistrait notre conversation.
  • Tu es certaine de ne pas l’avoir reconnu ?
  • Certaine, je te l’ai dit. C’est un privé, sans doute engagé par Everything. C’est assez évident qu’ils sont après toi.
  • Mais tu n’as rien dit qui puisse les mettre sur la voie ?
  • Rien… à part le nom du projet.

            Il se renversa en arrière dans son fauteuil.

  • Hum… “Sally”… Mais c’est ma faute, ce nom, c’est mon idée.
  • Tu penses que ça pourrait les mettre sur la piste ?
  • Ça peut leur en dire long sur mes intentions. Il va falloir que tu fasses attention lors de tes prochaines sorties.
  • Je serai vigilante.

            Il lui accorda un sourire.

  • Je sais. Et… pour revenir à notre futur collègue ? Il pourrait être pisté par ce privé ?
  • C’est possible. Mais Do Santos sait peu de choses. Et quand je le recontacterai, je ferai en sorte de ne pas être suivie.

            Il acquiesça et alluma sa cigarette.

  • Tu es inquiet, dit-elle.

            Il acquiesça de nouveau. La flamme du briquet éclaira brièvement son visage toujours impassible.

  • Oui, je suis inquiet. Mais on n’a pas le choix. Nous avons besoin de Do Santos. Et puis… Ce n’est finalement pas plus mal que tu aies découvert ce privé ce soir. On sait au moins à quoi s’en tenir.
  • Je te l’ai dit, je serai d’autant plus prudente lors de mes prochaines sorties.
  • Tu ne perds pas de vue ton autre mission ?

            De nouveau, les lèvres de Sarah Corbel s’étirèrent. Cette fois, son sourire avait quelque chose de carnassier.

  • Ne t’inquiète pas. Je sais où le trouver. Et je sais comment l’aborder. C’est un homme seul lui-aussi. Un homme qui a tout réussi et qui traîne sa solitude dans les bars.
  • Notre époque en produit des milliers comme lui n’est-ce pas ?

            Elle ne répondit rien. Il insista.

  • Et au fond, c’est ce qui permet aux femmes d’équilibrer les choses, non ? Nous avons l’argent et le pouvoir. Vous avez…

            Il la regarda de la tête aux pieds.

  • Votre charmant minois. Tout ce que nous voulons réellement posséder. Ça ne m’étonne pas que ton futur “client” se sente seul. Le pouvoir et l’argent ne font pas illusion très longtemps.

            Elle discerna une ombre sur son visage.

  • Mais ça vous est tout de même indispensable, murmura-t-elle. Ceci dit, tu as raison. Il est tellement seul… Ce sera facile.

 (A suivre…)

Un projet souvent récompensé

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