Nous rendons le référencement accessible

Votre compte formation

Votre compte formation vous permet d'accéder à la liste de vos formations ou pour vous pré-inscrire à de nouvelles

Félicitation,

Accéder au logiciel Optimiz.me

Se connecter au logiciel

Section 2 : avril 2014

20/03/2015

Section 2

            Avril 2014.

            « No girlfriend any more… Bitch dropped me there… »

            La voix criarde du chanteur de Lethal résonnait dans l’appartement de Peter Do Santos. Pour sûr, ça envoyait… Ce tube était vieux de plusieurs années, mais selon Peter, on n’avait jamais fait mieux depuis.

            « But let’s forget the whore… Why should I care… »

            Il semblait à Peter qu’il ne travaillait jamais aussi bien qu’en musique. Non. Il ne lui semblait pas. Il en était certain. Et c’était encore plus vrai avec un bon rock bien dur. Spécialement cette version live enregistrée pendant le Superbowl. Face à son ordinateur, Peter savoura le solo du guitariste tandis que le chanteur lâchait les « mmmhhh » et les « aaaahaaaah » qui faisaient sa légende. Le timing parfait, juste avant la reprise.

            « Coooooz… I’v got EVERYTHING ! Yes… I’v got EVERYTHING ! »

            Peter murmura le refrain en chœur tandis que ses mains pianotaient sur le clavier. Les mains d’un « ficheur » habitué à son métier. Il finissait de référencer le soixante-deuxième produit d’une commande qui en comptait cent vingt-cinq. C’était un parasol. Un putain de parasol, semblable aux dix-huit autres modèles précédents. Peter avait méticuleusement rédigé chaque fiche produit, suivant à la lettre les guidelines d’Everything, et il avait l’impression d’avoir rédigé dix-neuf fois le même contenu.

            Un parasol bon dieu… Qui pouvait vouloir acheter ce genre de daube ? Et pourquoi celui-là plutôt qu’un autre ? Quelques minutes plus tôt, Peter avait pris le temps de faire un tour sur everything.com. Il avait trouvé des dizaines… non, putain, des centaines de parasols. Ces saloperies se ressemblaient toutes. Il fallait être fou pour se lancer dans le commerce du parasol. Il appuya sur « Entrée » et le produit apparut sur le site assorti d’un message. Toujours le même message : « Vous venez d’ajouter un article sur Everything. Merci. » Dans la pièce et dans tout l’appartement, la voix du chanteur résonna une fois de plus.

            « I’v got EVERYTHIIIIIING ! »

            Peter se souvenait que le tube de Lethal était à la base une dénonciation des pratiques du géant du web. Durant quelques temps, les membres du groupe avaient même assumé publiquement le fait de s’attaquer à un modèle de consommation outrancière. « Consommation outrancière », c’était le terme qu’ils avaient employé. Et puis étaient venus la dispute, la dissolution du groupe et, pour certains membres, les ennuis financiers. Les anciens rebelles avaient fini par être heureux de céder les droits de leur tube à l’Ennemi. Le géant du web avait pris une revanche magistrale en intégrant la chanson dans l’un de ses spots à la télévision. Chez les « ficheurs », un dicton circulait. Il disait : « Whatever you do, Everything wins ». Cela s’était encore avéré vrai cette fois-ci. Et même si cette victoire ne revêtait aucune portée financière majeure, elle avait un caractère éminemment symbolique. Tout s’achetait. Même le plus acharné des adversaires, contre lequel on pouvait retourner ses propres armes.

            Peter entendit tambouriner contre le mur. Il baissa aussitôt le volume sonore. Le voisin pétait son câble. Encore. En déménageant dans ce petit appartement à Oakland, Peter pensait pourtant avoir la paix. Mais le gars d’à côté se révélait particulièrement à cheval sur le bruit. Alors qu’il était à peine plus de 22 heures bordel… Peter haussa les épaules. Il prit quelques secondes pour masser sa nuque. Cela faisait pas loin de trois heures qu’il n’avait pas quitté son écran des yeux. Bon, il n’avait pas fait que bosser. Il avait joué pendant… bah, facilement une heure et demi. Murderer’s blood, ce jeu téléchargé sur la plateforme Gamers d’Everything, le tenait en haleine. Et puis, entre deux fiches produit, il y avait eu la pause sur Adults only, cette partie d’Everything, destinée aux plus de 18 ans…

            En conséquence, il restait du travail. Pas mal de travail même. Encore au moins une dizaine de fiches concernant des putains de parasols. Puis il serait temps de passer aux arrosoirs. Des arrosoirs nom de dieu… Everything contenait tout. Absolument tout. Des millions de produits aussi divers que des consoles de jeux, des bagnoles, des appartements, des DVD, des bibliothèques entières de bouquins à télécharger, de l’électroménager et des meubles, des tonnes et des tonnes de fringues… Qui pouvait circuler sur Everything pour y chercher un parasol ?

            Et pourtant, cela caractérisait parfaitement le site. « You’ll find everything on everything » disait une pub. C’était vrai. Tellement vrai que toute boîte digne de ce nom avait désormais une armée de « ficheurs » pour placer ses articles et ses services sur everything.com. Les free-lance étaient également légions en la matière, et Marc faisait partie de ceux-là. La paye variait selon la longueur et la complexité des informations. Référencer des prestations d’avocat sur everything.com rapportait pas mal. Rédiger des fiches sur les parasols et les arrosoirs en revanche… beaucoup moins. En tout cas pas de quoi quitter Oakland pour vivre dans un appartement digne de ce nom à « Frisco ». Mais ça suffisait pour gagner sa croûte et le boulot ne manquait pas.

            Peter allait attaquer le soixante-troisième produit quand le bip résonna. Quelqu’un lui parlait sur desktop.

(la suite à la Section 3…. vendredi prochain !)

Un projet souvent récompensé

Un projet souvent récompensé
Share
Tweet
Share
+1