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Section 4 : le rencart

03/04/2015
point interrogation

            Peter eut besoin de relire l’historique de la conversation sur le tchat pour être certain qu’il n’avait rien compris de travers. Mais non. L’homme mystère lui proposait bien une rencontre. Le bar, le Cafe Zoetrope, se situait à l’angle de Kearny Street et de Columbus Avenue. Peter se souvenait vaguement de l’endroit. Le bar était surmonté par un bel immeuble à la façade verte.

            Les doigts du « ficheur » s’élevèrent au dessus du clavier. Mais il reposa finalement ses mains sur le bureau sans écrire de réponse. Ce gars lui proposait un rencart pour parler de la création d’un logiciel 2W. Ça méritait quelques instants de réflexion. Peter se leva. Il avait des fourmis dans les jambes… et il peinait de plus en plus à soulever son derrière hors de son siège. Bon sang, il avait sans doute encore pris un ou deux kilos. Quelques uns de plus, et cela commencerait à ressembler à de l’obésité. Il hésita quelques secondes, puis se dirigea tout de même vers son frigo dans la pièce d’à côté. Il l’ouvrit et attrapa un reste de pizza et une bière.

            Il revint engloutir le tout devant son ordinateur. En se disant que, bien entendu, ceci expliquait cela. Avec le mode de vie qu’il avait adopté depuis deux ans, il n’était guère étonnant que ses jeans et ses t-shirts commencent à le rejeter. Peter avait emménagé dans cet appartement une vingtaine de mois plus tôt, juste après s’être fait « ficheur ». Les premières semaines avaient été compliquées. De nombreuses boîtes travaillaient avec des ficheurs free-lance, mais encore fallait-il être dans leurs petits papiers. A force de démarcher les entreprises, Peter avait fini par dégoter quelques contrats. Peu à peu, il était parvenu à étendre son carnet d’adresses. Conséquence de quoi, il s’inquiétait à présent beaucoup pour son compte en banque. Mais parallèlement, il s’était mis à passer beaucoup plus de temps devant son ordinateur et avait lâché le sport. Oh, pas qu’il en ait fait beaucoup avant… Mais tout de même ce qu’il fallait de jogging pour garder la ligne. Il avait aussi perdu l’habitude de sortir. Oakland s’y prêtait moins que San Francisco. Et son travail… eh bien, son travail, il le faisait chez lui, assis devant son écran. Et à vivre ainsi, on finissait par perdre peu à peu ses repères traditionnels. Peter ne mangeait plus à heures fixes depuis longtemps. Il se couchait parfois très tard, restant des heures sur son ordinateur, alternant travail et loisir de manière souvent confuse. Un peu comme ce soir.

            C’était une vie moyenne, et Peter Do Santos en avait pleinement conscience. Mais c’était une vie tout de même. Il avait le nécessaire pour se payer un toit, de la bière et des pizzas, et même une petite assurance maladie. Bien des Américains n’en avaient pas autant. Considérant cela, ce rencart…

            … c’était risqué.

            Pas dangereux en soi, mais risqué. Les entreprises qui référençaient leurs produits sur Everything -presque toutes les entreprises- se méfiaient du Wild Web. Par écho, elles se méfiaient aussi des ficheurs qui faisaient dans le 2W. Si on apprenait que Peter Do Santos s’amusait à ça, il pouvait perdre ses contrats du jour au lendemain. Désolé mon pote, t’es peut-être pas un déviant, mais on ne va pas prendre le risque. Surtout qu’il y a une armée de mecs comme toi pour te remplacer.

            C’était risqué. Mais c’était tentant aussi.

            Peter avait lu beaucoup de choses sur le 2W. Presque rien n’avait fonctionné. Car rien ne marchait en dehors d’Everything. Au mieux, on était racheté par le géant du web. Au pire, on coulait. Passer par Everything n’était pas synonyme de succès, mais c’était l’étape indispensable pour espérer exister sur le web. Toute personne qui voulait être visible en ligne -que ce soit pour vendre quelque chose ou simplement faire connaître son blog- se devait d’avoir son espace loué quelque part sur le gigantesque annuaire. En dehors, c’était le chaos. Le web sauvage. Celui sur lequel se déroulaient moins de 3% des transactions en ligne. Mais c’était aussi le seul terreau possible pour expérimenter d’autres choses. Or, depuis la fin de ses études en informatique, Peter n’avait pas expérimenté grand-chose. En fait, il n’avait rien expérimenté du tout.

            Et c’est con man. Parce que t’es certainement pas le roi des développeurs, mais tu sais quand même faire autre chose que rédiger des fiches sur des parasols et des arrosoirs.

            De nouveau, Peter massa sa nuque. Sur l’écran, aucune nouvelle ligne de texte n’était apparue. L’homme mystère se tenait silencieux. Peter ouvrit sa E-box et l’agenda qui y était attaché. Il n’attendait que deux commandes le lendemain et aurait largement le temps de les traiter avant dix-huit heures, à condition de ne pas s’y mettre trop tard. Matériellement, il avait tout à fait la possibilité d’être à vingt heures au Cafe Zoetrope.

            Risqué. Tentant.

            Mais après tout… était-ce si dangereux que ça ? Que pouvait-il lui arriver ? Qu’on le reconnaisse ? Les entreprises pour lesquelles il travaillait en employaient des milliers comme lui.

            Peter se redressa sur son siège. Ses doigts se posèrent sur le clavier.

            Hey l’homme mystère. T’es encore là ?

            Quelques secondes passèrent, et Peter crut dans un premier temps que son interlocuteur ne répondrait pas. Puis les petits points apparurent.

            Yep man. Je suis là. Alors ?

            Les mains de Peter bougèrent rapidement au dessus du clavier.

            Je serai à ton RDV.

 (A suivre…)

Un projet souvent récompensé

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